Étant entourée de femmes enceintes (de mon âge, ou presque) ou de jeunes mamans, j’ai eu envie de me replonger dans une courte partie de mes cours de Lettres Modernes. Le genre de cours qui peut paraître inutile pour certains, ou qui peut être une véritable prise de conscience pour d’autres (et c’est mon cas puisque j’y consacre carrément un article ;))

En deuxième année de Lettres Modernes, pour les inscriptions en septembre, ceux qui étaient désireux tout comme moi d’abandonner le latin, avaient le choix entre plusieurs U.E libres (des options, en quelque sorte). Alors je fouine, je fouine et j’étais à deux doigts de prendre « Langage des signes », sauf que, vu que c’est le truc super à la mode à la fac, si t’es pas derrière ton écran quand ils ouvrent les inscriptions, l’U.E est vite bouclée car trop de monde. Je regarde un peu plus et vois LE truc qui va bouleverser mes études : psychologie de l’enfant ! Étant amatrice de psychologie/psychiatrie et de Françoise Dolto, je me dis que cette option ne pourra que me ravir. Je clique donc comme une furie sur cette U.E, qui comprend 6h de « Pratiques éducatives » et 4h de « Psychopathologie ».

Comme je viens de vous le dire, j’ai toujours été passionnée par la psychiatrie et la psychologie, au point même d’avoir voulu en faire mon métier (infirmière en psychiatrie en l’occurence). Je me revois au CDI en 1re L, à imprimer en douce des tonnes et des tonnes de trucs sur Jung, Freud, et la psychiatrie en général. Hésitant entre les Lettres et la Psycho, on me conseilla les Lettres où « je serai dans mon élément tout en évitant la filière à la mode bouchée depuis des années et qui ne mène à rien » (la psycho donc).

Pourquoi la psycho ? Je ne sais pas vraiment. Je dirai que j’ai toujours au quotidien cet élan un peu chevaleresque à aller vers les autres, surtout ceux en difficulté. Et à défaut de me comprendre moi-même, je veux pouvoir comprendre les autres. Avec cette U.E, j’ai eu l’impression d’être sur un nuage, j’ai rarement été aussi passionnée dans une matière !

Bref, fini de parler de moi, voici ce qui m’a tenue en haleine pendant trois mois :

La méthode Leboyer

« Quand les enfants viennent au monde, ils hurlent au lieu de respirer. Dans ces cris de nouveau-nés, qu’y a-t-il ? Se pourrait-il que naître soit douloureux pour l’enfant autant qu’accoucher l’était, jadis, pour la mère ? Cette souffrance qu’est, pour le bébé, la naissance, qui s’en soucie ? Ne peut-on la lui éviter ? » Frédérick Leboyer

C’est vrai que c’est ancré dans les mœurs : un bébé qui pleure, ça veut dire qu’il va bien. S’il ne pleure pas, c’est qu’il y a un problème. La plupart des gens n’en sont pas conscients (ou alors ils le savent et ils s’en foutent), mais le bébé souffre le martyre lorsqu’il naît. Certains y sont sensibles, d’autres pas du tout, soit par méconnaissance ou à cause de « l’euphorie » du moment. Le bébé, qui vivait dans un état paradisiaque in utero et ne connaissait jamais le manque, sent ses liens rompus avec la mère, ce qui est d’autant plus traumatisant qu’il n’a pas encore « l’équipement psychologique » pour comprendre ce qui lui arrive. Plus la naissance sera faite avec douceur, moins cela laissera de « traces » pour l’enfant, d’après Leboyer. D’après des témoignages de femmes qui ont accouché « normalement » pour leur aîné, et avec la méthode Leboyer pour le second, les mamans sont quasiment unanimes : leurs bébés-Leboyer sont plus calmes, pleurent moins, sont moins anxieux – le jour et la nuit en somme.

Frédérick Leboyer a réfléchi sur les méthodes d’accouchement sans violence. Je vous conseille notamment son livre : Pour une naissance sans violence.

Voici ce qu’il préconise:

- Pour le stress visuel : pièce faiblement éclairée (exit les néons qui pètent les yeux dans les hôpitaux)
- Pour le stress auditif : pièce sans bruit ou musique douce (il n’est donc pas nécessaire de hurler à la mort sa joie à côté du bébé)
- Pour le plus grand stress, qui est sa séparation avec sa maman, il propose donc de mettre le bébé sur le corps de la mère et de clamper le cordon une fois qu’il est plus détendu et qu’il commence à respirer un peu par lui-même (il n’est en effet pas nécessaire de couper le cordon à peine le bébé sorti pour ensuite le maintenir par les pieds la tête en bas pendant un quart d’heure et ce, avant de faire  une pseudo-toilette vachement importante dans l’immédiat… moi, critique envers les hôpitaux ? Noooon.)
Qu’il est beau le gigot !

 

J’ai visionné pendant ce cours une partie de Une naissance sans violence – qui est aussi un film- et où sont filmées les mains de Leboyer lui-même, qui met en pratique sa méthode ; elle est surprenante ! Je peux vous assurer qu’à aucun moment le bébé pleure, et même à la fin, pendant le bain (où il se permet d’onduler comme un asticot), il sourit ! Il sourit déjà quelques heures après sa naissance ! Je me suis empressée d’acheter le DVD pour le montrer au chéri tellement j’étais gaga…

Voici la photo tirée du film :

A côté de ça, nous avons également visionné une interview de Bernard This, qui m’a complètement ahurie et définitivement dégoûtée des accouchements en maternité ou hôpital, où votre bébé n’est qu’un « corps-objet mesurable, pesable et sécable » parmi tant d’autres.

- En Angleterre par exemple, on tient encore le bébé par les pieds, ce qui le fait hurler de détresse.
- On le pose sur une table, on tape à côté de lui pour le faire sursauter.
- On ne se préoccupe pas du mal de nuque atroce que ressent le bébé, pire, on réveille constamment cette douleur.
- On lui frappait dans le dos (ou encore aujourd’hui, on lui enfonce un tuyau dans la gorge), pour soi-disant lui faire sortir « les saletés » qu’il a dans l’œsophage, alors que ces « saletés » sont justement la dernière chose qui le relie encore à sa mère…
- Et là, accrochez-vous, il fut un temps où on retirait l’enfant dès la naissance pour le mettre à la diète pendant 48h !

Bref, un excès de technicité plutôt monstrueux, qui ne me choquait pas auparavant puisque je m’y étais peu intéressée (au collège et lycée en même temps, on s’intéresse peu à la maternité). C’est toute une leçon de vie je trouve. Certains continuent de me dire que c’est inutile, dont ma mère qui m’a dit un jour : « tu as peut-être souffert mais tu t’en souviens pas de toute façon ». Je me suis retenue de lui dire que c’était peut-être la raison pour laquelle j’étais une angoissée de la vie depuis toute petite ;)

Même si le bébé ne s’en souvient pas à proprement parlé, (déjà ça peut se traduire dans son comportement plus tard, parait-il) mais je me dis que c’est une forme de respect… ben oui, après tout, il n’a pas demandé à naître alors épargnons-lui une souffrance qu’il n’a pas mérité et qui peut être évitée ! Et je me dis aussi qu’en sachant tout ça, je serai incapable de profiter de la naissance de mon enfant si je le vois hurler de douleur. Enfin c’est comme ça que j’imagine la chose… Bref, la seule maternité qui pratique cette méthode que j’aie trouvé est Les Lilas à Paris (pratique quand on n’habite pas à l’autre bout de la France quoi…). Sinon, vous pouvez toujours donner à votre maternité (si elle tolère ce genre de choses) un « projet de naissance », autrement dit une liste de ce que vous voudriez/ne voudriez pas. Il y a des petites choses qui peuvent passer, dans leur limite du raisonnable…

Concernant l’enfant, j’ai aussi appris tout un tas de trucs (un peu plus compliqués mais super intéressants), façon Super Nanny ;)

Le concept de castration de Françoise Dolto

C’est un processus qui s’accomplit chez l’enfant lorsqu’un autre être humain lui signifie que l’accomplissement de son désir est interdit par la loi* (la loi sur les rapports entre êtres humains*).

- La castration doit être signifiée par le langage explicitement mais sans culpabilisation (par exemple, le bonnet d’âne est une absurdité qui ne servait qu’à enfoncer l’enfant dans sa condition de cancre, ce n’est pas en faisant honte à l’enfant qu’on lui apprend quoi que ce soit).

- Il est important que l’enfant soit relié à l’adulte qui lui donne la castration, il doit représenter quelque chose pour l’enfant pour que celui-ci puisse s’identifier.

- La loi signifiée à l’enfant doit être la même pour l’adulte. Par exemple, un enfant frappe un autre enfant dans la cour de récré. Il arrive souvent que le père, pour le punir, le frappe à son tour ! L’enfant n’intègre ici que la loi du plus fort.

- Le désir refoulé doit être sublimé (on lui donne un but nouveau, supérieur à la pulsion). Par exemple, l’enfant qui détruit tout, qui casse ses jouets a besoin qu’on mette de l’ordre dans son expression (par la peinture, le dessin, le sport, que sais-je encore).

 

Les différents types de castration

- La castration ombilicale

Elle se passe au moment de la naissance et correspond à la rupture de la fusion biologique et imaginaire entre la mère et l’enfant.

* Pour qu’elle se passe bien :

- Il faut un partage du désir de procréer partagé par les deux parents.
- Il ne faut pas de mandat négatif lié à la procréation de la mère ou du père (un mandat négatif serait par exemple, plusieurs fausses couches dans la famille de la mère, la mort du père au cours de la grossesse, facteur d’angoisse/de tristesse).

- La castration orale

Elle correspond globalement à la phase « je mets tout dans ma bouche » et au sevrage du corps-à-corps nourricier entre la mère et son enfant. C’est le deuxième grand renoncement imposé à l’enfant: le passage du sein au biberon, le passage de la nourriture lactée à la nourriture diversifiée, la prise de distance entre la mère (le bébé passe d’un corps-à-corps à un face-à-face). La castration comporte aussi l’interdit de manger ce qui n’est pas alimentaire. Le bébé est intéressée par la zone orale : il faut lui faire découvrir qu’il y a d’autres choses importantes liées à cette zone, comme le langage. Cela participe à l’apprentissage de l’autonomie de l’enfant : pour se faire comprendre, il doit se débrouiller. Sinon, un lien de dépendance se créé avec les parents, qui jouent les traducteurs.

* Pour qu’elle se passe bien :

- La mère doit supporter la séparation, sinon l’enfant ne l’acceptera pas non plus.
- Les ruptures associées au sevrage doivent être espacées dans le temps et accompagnées du langage.
- Il faut faire des commentaires sur ce que vit l’enfant ; un des moments les plus favorables est lorsqu’il vient d’être nourri, il est plus ouvert sur l’extérieur une fois que ses besoins sont satisfaits.

- La castration anale

Elle concerne globalement la motricité, entre 2 et 4 ans, l’enfant est fasciné par le fonctionnement du corps humain (et de ce qui en sort surtout !). Deux acquisitions le caractérisent : la marche progressive et la maîtrise sphinctérienne (se retenir/faire ses besoins sur le pot). L’enfant intègre également la loi de non-nuisance : c’est l’interdit d’avoir des agirs qui soient nuisibles à autrui ou à soi-même. On ne fait pas tout et n’importe quoi pour son plaisir personnel quoi ;)

L’enfant doit acquérir des capacités à vivre au milieu de ses semblables par la parole (avant ça, si l’enfant veut le jouet de son camarade, il le prend sans demander, c’est la période des coups de râteaux dans les bacs à sable…)

* Pour qu’elle se passe bien :

- Les capacités motrices de l’enfant doivent être valorisées. Souvent, lorsqu’un enfant fait pipi au lit, on lui dit qu’il est « sale » comme si c’était sa faute. L’enfant n’est pas « sale » puisqu’il ne contrôle pas (tout comme les chiots d’ailleurs). A un certain âge, l’enfant est incapable de maîtriser ses « sphincters »* (incapable de se retenir*). Forcer un enfant à aller sur le pot peut être une vraie violence pour lui.

N.B : Lorsqu’un enfant peut s’accroupir sans tomber sur les fesses, c’est qu’il a acquis une agilité au niveau du bassin et qu’il est capable de faire sur le pot.

- On remarque souvent que l’enfant désobéit aux interdits qu’on lui a fixés. Par exemple, on interdit à un enfant de mettre un DVD ; il le fait quand même et réussit à le faire marcher. Il faut le féliciter, non pas parce qu’il a désobéi, mais parce qu’il a réussi à accomplir quelque chose tout seul (« même si je te l’avais interdit, je vois que tu deviens grand« ).
Nous avons tendance à penser que la désobéissance est un affront, une provocation, alors que l’enfant veut simplement faire comme ceux qu’il admire. Un parent n’est pas sécurisant lorsqu’il dit à son enfant qui est tombé après avoir désobéi : « tu vois, c’est bien fait, je te l’avais bien dit » ; l’enfant le comprend comme un plaisir du parent à le voir souffrir (il faut resymboliser l’interdit : « tu es encore trop petit pour l’instant« ). Certains enfants sont comme empêtrés dans leur propre corps, comme empotés : c’est souvent parce qu’on leur a tout interdit et qu’ils n’ont jamais pu expérimenter, découvrir le monde par eux-mêmes.

Certains parents négocient aussi tout et n’importe quoi (du style  « garde ta ceinture de sécurité et tu auras un bonbon« ). Ils ont peur de leur enfant, refusent de le voir pleurer ; mais un enfant frustré pleure forcément. Il n’y a pas à transiger sur des interdits fondamentaux (comme ceux qui touchent à leur sécurité).

- La castration primaire

C’est le moment (vers 3 ans) à partir duquel les garçons et les filles se séparent dans la cour de récré : ils découvrent la différence des sexes, la découverte de leur propre sexe. Elle prend place dans le stade phallique : les enfants sont intéressés par le sexe, les bébés et leur venue au monde.

* Pour qu’elle se passe bien :

- C’est une période où les enfants posent beaucoup de questions… les parents ne doivent pas être gênés (les enfants le sentent), puisque parler à un enfant de sexualité ne relève pas non plus de la pornographie comme le pensent certains. Les enfants sont curieux mais ont de la pudeur ; ces zones sont juste rigolotes pour eux.

A chaque castration, l’enfant prend plus d’indépendance par rapport aux figures parentales. Elles permettent son humanisation.

- La castration œdipienne

N.B : Dans la mythologie grecque, Œdipe est le fils de Laïos et de Jocaste, qui règnent sur Thèbes. Un oracle prédit à Laïos que son fils l’assassinera : plutôt que de le tuer, il abandonne Œdipe dans la montagne. Mais un berger le trouve, le confie au roi de Corinthe, Polybos, qui l’élève comme son propre fils, sans lui révéler le secret de ses origines. Un nouvel oracle prédit à Œdipe qu’il sera le meurtrier de son père : par peur de tuer Polybos, qu’il croit être son père, il quitte Corinthe pour que la prédiction ne puisse se réaliser. Pendant son voyage, il rencontre Laïos (son vrai père) et le tue, l’ayant pris pour le chef d’une bande de voleurs. Lorsqu’il arrive à Thèbes, il fait face au Sphinx qui empêche l’accès à la ville, dévorant les voyageurs incapables de résoudre l’énigme qu’il leur propose. Mais Œdipe trouve la solution : il devient un héros pour les habitants de la ville, qui le proclament roi et lui donnent comme femme la veuve de Laïos, Jocaste, qui n’est autre que sa propre mère… Lorsqu’il apprend sa véritable identité, il renonce à la royauté et se crève les yeux.

Le stade œdipien prend place entre 4 et 6 ans et peut durer jusqu’à trois ans. L’enfant va ressentir un désir inconscient pour le parent de sexe opposé, allant souvent de paire avec une rivalité avec le parent du même sexe.

Il s’agit de désinvestir le désir de l’enfant pour le parent. Il va comprendre qu’il faut rejeter son désir sur des personnes de son âge, ce qui va lui créer des relations sociales hors de la cellule familiale.

* Pour qu’elle se passe bien :

- L’interdit clair de l’inceste doit pouvoir achever son identité sexuelle : il y a donc des choses à ne pas faire ! L’enfant exprime son désir inconscient par des petits mots gentils du style : « maman, tu es belle, plus tard, je me marierai avec toi » ; on a déjà vu des mères rétorquer en riant « reviens me voir dans 10 ans ! ». Ou parfois même, on ne mesure pas la signification du fait de faire dormir son enfant dans le lit conjugal ! Bref, il faut repousser l’interdit par un « non, les enfants ne se marient pas avec leurs parents, c’est interdit, plus tard tu auras ton amoureux(-se) à toi ».

Voilà en (gros) résumé ce que j’ai pu retenir de ce cours génial ! Dix petites heures qui m’ont complètement retournée le cerveau et qui ont entièrement changé ma vision de la maternité. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, si vous trouvez ça intéressant (ou chiant, ça marche aussi ;))

Have a great day girls !